lundi 31 mars 2008

Epilogue


Marc (mon petit garagiste), avec l'aide d'un ami carrossier, a rendu une apparence normale à la Jetta et je l'ai vendue comme prévu, au prix convenu; je pense que l'acheteur n'a pas fait une bonne affaire.

A part les pièces et les réparations de Marc, tous les frais ont été payés par Touring Assistance (hôtel, téléphone, taxi, main d'oeuvre).

Pour l'accident avec les vaches, j'ai fait intervenir ma protection juridique; un avocat s'est rendu sur les lieux et a constaté l'insolvabilité du fermier...

Jérôme n'a finalement pas fait sa vie avec Laurence.

Et j'ai remplacé ma fidèle Jetta par une belle Opel Astra rouge, avec laquelle j'ai eu plein d'ennuis !


Rebondissement


Nous voilà sur l'autoroute entre la frontière et Vienne; le pare-brise retrouvé me donne des ailes; nous chantons, nous rentrons au pays !

Encore une fois erreur...Tout à coup je sens la voiture tanguer et je me rabats sur la bande d'arrêt d'urgence, aussi vite que ma vitesse le permet, et je vois... ma roue arrière droit qui s'est détachée me précéder et mourir dans le fossé! Je n'en crois pas mes yeux ! Je tremble en réalisant à quoi nous venons d'échapper !

Laurence pleure et jure qu'elle ne montera plus dans cette voiture; elle veut prendre l'avion car l'aéroport est tout proche. Mais bien sûr, c'est impossible.

Pas de borne téléphonique de secours, aucune voiture ne s'arrête; un village se profile pas trop loin: nous partons à travers champs, Laurence pleurant parce qu'elle bousille ses fines sandales.

Au village, personne; finalement un hôtel ! Je téléphone à Touring Assistance "Encore vous ?" Eh oui... On m'envoie une dépanneuse et je prends un taxi pour retourner près de la voiture, et bien sûr je n'ai pas de shillings pour payer... (le taximan acceptera des DM et des piécettes autrichiennes).

Le dépanneur est un optimiste: bien sûr c'est réparable ! On charge la voiture et la roue et on nous conduit dans le garage agréé par Touring à Vienne. Après examen, même diagnostic: c'est réparable et Laurence devra donc remonter dans la voiture pour rentrer... Heureusement d'ailleurs, car dans le coffre j'ai 36 litres de vin maison et de tuica (dans des bidons d'eau distillée), destinés à Sorin, et je ne désire vraiment pas un inventaire avant rapatriement du véhicule !

Les aventures ne sont pas terminées; la voiture sera prête demain soir; nous avons l'adresse de l'hôtel agréé par Touring mais plus un shilling ! C'est ici que pour une fois Laurence se montre utile: elle fait du charme à deux jeunes gens qui viennent récupérer leur voiture au garage et ils nous emmènent gratis à l'hôtel - dans une superbe Mercédès !

Au restaurant Laurence s'endort sur son assiette, mais le lendemain nous sommes en forme toutes les deux et nous profitons de la journée pour visiter le château du Belvédère - à pied, il est proche de notre hôtel. Le reste est sans histoire.

Pare-brise épisode 5


Le matin on récupère la voiture et on repart; je maîtrise la situation me semble-t-il, puisque je connais la Hongrie par coeur et qu'une petite journée suffira à la traverser.

Une fois de plus, erreur ! A la périphérie de Budapest, un immense embouteillage, et j'apprends par un autre automobiliste qu'un grave accident bloque complètement l'entrée de la ville; on est détournés... par des routes que je ne connais pas ! Et c'est ici que je mesure toute ma solitude, car Laurence n'est pas capable de suivre la route sur un plan, et je roule donc un peu au hasard, concentrée sur mon pare-brise et le trafic. On traverse des banlieues industrielles déprimantes. Finalement, mon instinct de survie l'emporte et on se retrouve dans le centre ! Après l'inévitable arrêt sur les remparts (Laurence trouve tout magnifique et moi j'ai besoin de repos), de nouveau sur la route, et conduire dans ces conditions est une véritable épreuve.

A la frontière hongroise, pas trop de file, tout se passe bien; mais avec les Autrichiens, c'est une autre histoire ! Jusque là, pas un seul policier ou douanier ne s'est formalisé de l'état de mon pare-brise, mais l'Autrichien est prêt à m'interdire de rouler dans ces conditions...

De nouveau, il me faut expliquer mon problème dans mon allemand rudimentaire, ce qui ne va pas sans peine; heureusement j'ai le nom du garage sur un papier et il me met sur le chemin avec force recommandations.

Au garage, accueil charmant, un petit café et de vraies toilettes, en une demi-heure le pare-brise est remplacé...Quand j'écrirai cela à mes amis roumains, ils ne me croiront pas !

Dans ma précipitation, je n'ai pas changé d'argent à la frontière, il me reste quelques DM et pas de shillings autrichiens; mais je décide de rentrer d'une traite, et donc je n'ai pas besoin de shillings... On va voir que ce détail revêtira de l'importance !

Pare-brise épisode 4


Départ à l'aube pour arriver au garage autrichien avant 17 heures... Adieux déchirants ! Florin Turcu nous conseille d'éviter les grands postes frontières, où les files sont toujours très longues, et de sortir du pays par un petit village (dont j'ai oublié le nom), où l'on vient d'ouvrir un poste pour désengorger les autres. Je suis son conseil.

Très mauvais idée ! Arrivées à 10 heures, nous attendrons jusqu'à la nuit tombante, 20 heures... Sans manger, sans boire, sauf nos pauvres provisions, car il n'y a rien dans ce village, où la population est complètement dépassée par cet afflux nouveau de monde. Une épreuve supplémentaire et je vois s'éloigner mon rendez-vous en Autriche.

Quand nous passons enfin, il faut penser à dormir, je ne vais pas rouler de nuit avec la voiture dans cet état. Il y a bien un hôtel du côté hongrois, je trouve une chambre, mais le parking est à l'extérieur et je ne veux pas risquer de laisser ma voiture sans surveillance...

Cette fois, il me faut parler en allemand; ouf le patron de l'hôtel comprend mon problème et me conduit chez des amis, qui ont un jardin entouré de palissades; la voiture y passera la nuit, pour le prix d'une bouteille de vin roumain.

Nous mangeons dans un restaurant en plein air, et Laurence est tellement fatiguée qu'elle ne s'aperçoit pas qu'elle mange du porc, alors qu'elle a décrété qu'elle ne digérait que le poulet...

Pare-brise épisode 3




Le lendemain, à 07 heures, je suis dans le bureau du directeur de l'usine - qui avait bien insisté sur l'heure matinale, mais qui me fait quand même attendre une heure.


Très aimable, il demande à voir la voiture, sort son mètre de couturière de sa poche, prend les mesures, et à ma stupéfaction me propose un prix et...un délai d'une semaine; je lui explique (toujours par mon traducteur anglophone) que je veux un pare-brise VW d'origine et pas un bricolage, et qu'en plus je n'ai pas le temps, c'est bientôt la rentrée des classes et je suis prof.


Alors, toujours aussi aimable, il me conduit dans une sorte de réserve, où se trouvent de vieux pare-brise de récupération, et avec l'aide d'une secrétaire, cherche s'il n'y a pas dans ces débris une pare-brise VW. Et bien non, il n'y en a pas.


Je prends congé, consciente que j'ai perdu mon temps; et je téléphone à Touring Assistance, puisque je suis assurée; mais téléphoner à l'étranger n'est pas simple, à cette époque: il faut passer par une opératrice et attendre des heures avant d'avoir la communication...


Ah! Enfin une voix de chez moi qui parle français ! J'explique mon cas et on me propose d'envoyer le pare-brise par avion, car il n'y a pas un seul garage VW en Roumanie; le hic c'est que je dois aller le chercher à l'aéroport de Bucarest, car il paraît que les pièces de rechange disparaissent en chemin.


Bucarest est à 300 km; c'est une aberration de m'y rendre, et en plus, il faudrait trouver quelqu'un capable de placer ce pare-brise ! La Hongrie est toute proche: n'y aurait-il pas un garage VW en Hongrie ? Et bien non ! Le plus proche est en Autriche, juste après la frontière; alors je demande à Touring Assistance de me prendre un rendez-vous, que j'arriverai demain soir...


Pendant ce temps, tous mes amis viennent me rendre visite à Medias, Florin et Geta, les parents de Sorin, Florin Turcu. Et Laurence, toujours aussi enchantée, va en train visiter la ville moyenâgeuse de Sighisoara; le voyage n'est pas perdu pour tout le monde...

Pare-brise épisode 2


Après une bonne nuit, je joins Florin Halmaciu par téléphone; lui seul peut m'aider, car sa position de chef d'entreprise lui permet d'avoir des relations un peu partout, ce qui n'est pas le cas de Blondel, un jeune sans vrai travail (en fait, comme beaucoup de garçons de sa génération, il s'essaie à toutes sortes de petits trafics foireux).

Florin me prend deux rendez-vous: un avec le chef de la police d'Alba Julia, et un autre avec le directeur de l'unique usine de pare-brise en Roumanie, qui est par chance située à Medias; or je suis à Medias.

Le chef de la police ne se dérange pas, bien entendu, et c'est moi qui dois reprendre le volant pour refaire les 80 km qui me séparent d'Alba Julia; Blondel m'accompagne comme traducteur - mais il ne parle que l'anglais; vous voyez le topo. Le trajet est difficile, même en plein jour, et j'attrape un torticolis à me déhancher pour voir la route par-dessus l'impact sur le pare-brise.

Le bureau de police est un immense bâtiment à moitié vide, sale et négligé, où personne ne semble travailler, sauf une femme qui balaie nonchalamment; il faudrait quelques seaux d'eau et une bonne savonnée pour rendre tout cela un peu plus présentable.

Le chef est poli mais il me répète la même chose: la loi stipule que je dois prévoir les obstacles; c'est d'ailleurs vrai, car Florin Turcu, l'ami de Sorin, un peu plus tard, se retrouvera en prison pour avoir écrasé un ivrogne qui dormait sur la route, en pleine nuit.

Il accepte cependant de signer le constat européen d'accident que j'ai scrupuleusement rempli, petits dessins à l'appui; il sait que ça ne l'engage pas à grand-chose.

Avant de rentrer nous allons boire un verre dans un restaurant style boui-boui, particulièrement sale et délabré; Florin nous a toujours emmenés dans des restaurants de premier ordre que déjà je trouvais peu engageants... Ici c'est vraiment le taudis, mais on dirait que Blondel n'en est pas conscient. Et puis retour, et Virginie qui s'effondre de fatigue. Pendant ce temps, Laurence a visité la ville avec Corina et Nicoleta, et elle se déclare enchantée. Au moins une chose qui va.

Les vaches du destin




La première étape se passe sans trop de problèmes; Laurence me fatigue par ses bavardages incessants (Marie est une coéquipière qui dort presque sans arrêt) et nous arrivons épuisées, de nuit, dans un petit hôtel que je connais après Budapest (plus de 1000 km).


Le lendemain, passage de la frontière sans histoire; et on affronte les routes roumaines et leurs ornières. Mon but est Medias, où nous attendent Blondel et sa famille.


Un peu après Alba Julia, la route est large et droite, et je ne me méfie pas; tout à coup surgissent de la gauche des vaches en débandade; elles envahissent la chaussée en galopant (c'est le mot); je freine mais ne peux les éviter.


Voyez la photo: côté du conducteur défoncé, phare cassé, et coup de corne dans le pare-brise...


Heureusement nous ne sommes pas blessées, juste une grosse émotion, surtout pour Laurence, qui est, comme je le disais, sensible et délicate. La vache disparaît et je ne connaîtrai jamais son sort !


Mon sang-froid prend le dessus; une sorte de policier local vient aux nouvelles: j'exige un vrai constat de police et il téléphone à Alba Julia; longue attente, pendant laquelle nous mangeons de la ciorba chez la femme du policier. Les policiers de la ville sont désagréables et m'expliquent que la loi dit que je "dois prévoir les obstacles"; en fait je devine qu'ils veulent un bakchich mais je ne leur donne rien et je refuse de signer une déclaration comme quoi je serais en tort... Notez que tout cela se passe en roumain, que je suis loin de maîtriser parfaitement, mais la colère me fait trouver les mots.


Finalement tout est terminé à la nuit tombante et je repars dans cet équipage vers Medias, où Blondel, que j'ai réussi à prévenir par téléphone, m'attend à l'entrée de la ville, pour me guider dans le noir. 80 km sur des routes non éclairées avec le pare-brise dans cet état...